“Hayat Karanouh, écrit Alexandre Najjar, nous livre, à travers une centaine de photos suggestives, sa vision des choses, et nous invite à partager sa passion des livres et sa foi dans la lecture. La qualité de ses photos, en noir et blanc ou en couleur, l’acuité de son regard, son émotion communicative la placent à l’avant-garde des photographes arabes contemporains”.
Originalité desangles de prise de vue et des cadrages
Créer des œuvres au moyen de l’art photographique, pour Hayat Karanouh, c’estutiliser un média, à travers lequel sa volonté et son imaginaire peuvent évoluerà sa guise. La vitesse avec laquelle elle prend ses photos, les points de vue,les contrastes d’ombres et de lumière, les fuites, les cadrages fantaisistes…,permis par la photographie, ont correspondu à son tempérament, participé auprocessus de création et aux résultats obtenus, des résultats, parfoisfoncièrement conceptualisés et, parfois, dus grâce aux effets du hasard.
L’art photographique a ouvert à, Hayat Karanouh, un champ d’exploitation luipermettant de réaliser des images, avec une grande marge d’interprétation, quil’a menée à un langage plastique spécifique, et la obligée à revenir sur lesenjeux conventionnels de la création artistique. Son but n’est pas de figurer,simplement, la réalité, mais de la situer dans des dimensions inhabituelles,afin d’intensifier le sens de chaque détail, ainsi que le message de toute lacomposition.
Ses photos sont bidimensionnelles ou tridimensionnelles de structures, formes et couleurs, faites d’intuitions, permettant une large marge d’interprétations. Sa production apparaît pleine de fantaisie, illustre la réalité pluriculturelle et sociale du Liban, et offre, aux visiteurs, une promenade visuelle à travers le pays du Cèdre, avec ses multiples facettes; un pays où cohabitent la tradition et le modernisme, un mélange surprenant d’histoire et d’actualité. Elle laisse transparaître une approche personnelle de l’art photographique, et met en lumière un mode de représentation
où les paysages, lieux, êtres, objets,sites archéologiques, avec leurs caractères spécifiques, sont saisis, au boutde l’objectif, à partir de points de vue où la perspective, le jeu des ombreset lumières et la correspondance des couleurs, font découvrir des résultatssurprenants, qui retiennent l’attention des regardeurs.
La photographie demeure, pour Hayat Karanouh, le lieu privilégié où vibrent leséléments d’un réel, qui la touche au plus profond d’elle-même. Elle veut,semble-t-il, explorer parallèlement l’espace socio culturel et l’environnementphysique, où elle vit, en donnant à l’art photographique un sentiment pluspersonnalisé.
A chaque fois elle cherche à réaliser une image évocatrice qui dépasse lecaractère propre du motif. Certains clichés ont pu prendre encore plus devaleur par le recadrage et par la mise en relief de qualités insoupçonnées lorsde la prise de vue, tels certains effets spéciaux ou des contrastes trèsaccusés de lumière et d’ombres.
Les œuvres qu’elle a réalisées sont, à la fois, narratives et symboliques.